Comment la nature soutient le travail sur le trauma (même quand la thérapie se passe à l’intérieur)
The benefits of nature on the brain — and why it matters when you’re doing trauma work.
La nature soigne. L’imagerie cérébrale montre qu’une marche d’une heure dans la nature diminue l’activité de l’amygdale — la région du cerveau au cœur de la détection des menaces, de la peur, et des réponses au stress qui restent souvent élevées après un trauma (Sudimac et al., 2022).
Le travail sur le trauma peut se dérouler de bien des façons : en cabinet, en télésanté, en séances somatiques ou en EMDR, en thérapie de couple, ou dans un mélange au fil du temps. Quel que soit le format, la guérison demande beaucoup au système nerveux — rester présent·e face à du matériel difficile, titrer l’activation, construire de nouveaux schémas alors que les anciennes alarmes se déclenchent encore facilement. Le temps passé dans la nature ne remplace pas la thérapie, mais il peut en être un allié puissant : il travaille avec votre biologie en offrant de la régulation, des demandes attentionnelles plus douces, et des conditions que beaucoup de survivant·e·s du trauma trouvent rarement à l’intérieur ou en milieu urbain.
Pourquoi il est question du travail sur le trauma, et pas d’une modalité spécifique
Les soins informés par le trauma cherchent à aider votre corps et votre cerveau à trouver suffisamment de sécurité pour intégrer ce qui s’est passé — ou pour développer de nouvelles réponses quand les mots seuls ne suffisent plus. Que vous fassiez de l’EMDR, des approches somatiques, du travail avec les parts, ou de la thérapie par la parole centrée sur l’attachement, les mêmes besoins fondamentaux reviennent : une marge physiologique suffisante pour rester régulé·e, une stabilité suffisante pour garder ses repères quand la honte ou la sidération émergent, et une bande passante cognitive suffisante quand le trauma a sollicité l’attention et la mémoire.
Les environnements naturels soutiennent ces besoins, en parallèle de la thérapie formelle. Ils ne remplacent pas les approches spécifiques au trauma ; ils les complètent — que vous sortiez après une séance difficile, que vous intégriez du temps vert à votre semaine, ou que vous utilisiez occasionnellement un espace extérieur en collaboration avec votre clinicien·ne. Voici ce que la neuroscience suggère qu’il se passe — et pourquoi c’est particulièrement pertinent après un trauma.
Un apaisement naturel : calmer le système d’alarme du cerveau
Après un trauma, l’amygdale peut rester hyper-réactive : le même circuit d’« alarme » qui vous a un jour gardé en vie peut se déclencher trop facilement — dans les foules, dans des pièces calmes, ou quand un contenu émotionnel se rapproche. Une étude en IRM fonctionnelle a montré qu’une marche en nature réduit significativement l’activité de l’amygdale par rapport à une marche en milieu urbain (Sudimac et al., 2022). Pour les survivant·e·s du trauma, ce changement peut signifier plus d’espace pour récupérer entre les séances, pour redescendre après une activation, ou pour approcher le travail intérieur sans vivre entièrement en mode survie.
Récupération mentale : la « fascination douce » quand l’hypervigilance a tout coûté
Beaucoup de survivant·e·s du trauma décrivent un épuisement mental chronique — scanner pour la menace, répéter mentalement des conversations, s’armer pour la prochaine difficulté. La science cognitive parle d’une fatigue de l’attention dirigée : la concentration volontaire que nous utilisons pour filtrer le bruit et rester sur la tâche. Les environnements naturels offrent une fascination douce — des stimulations (lumière à travers les feuilles, chants d’oiseaux, mouvements subtils) qui captent l’attention doucement, sans exiger la même charge cognitive que les écrans, la circulation, et le bruit urbain.
Quand l’attention dirigée peut se reposer, le cortex préfrontal — impliqué dans la prise de perspective, la planification, et la régulation émotionnelle — est moins épuisé. Dans le travail sur le trauma, c’est important : vous n’échouez pas quand vous vous sentez embrumé·e après un stress ; votre cerveau peut bénéficier de conditions qui ne forcent pas la concentration volontaire avant que vous ne vous sentiez régulé·e.
Briser la boucle de rumination
Le trauma et le stress prolongé sont étroitement liés à la rumination : des schémas de pensée négatifs, répétitifs et auto-renforçants qui semblent impossibles à interrompre. La recherche suggère que la marche dans des environnements naturels est associée à une réduction de l’activité dans les régions du cerveau liées à la rumination — y compris le cortex préfrontal sous-génual — par rapport à la marche en milieu urbain. Pour certain·e·s, se déplacer à travers un espace vert s’accompagne d’un sentiment de mouvement vers l’avant qui est somatique et simple — le corps engagé dans une tâche d’orientation pendant que l’esprit n’est pas piégé dans la même boucle fermée.
Un coup de pouce cognitif quand le trauma a émoussé la concentration
Le trauma affecte fréquemment l’attention, la mémoire de travail, et le sentiment de clarté mentale. La recherche sur l’exercice extérieur suggère un bénéfice supplémentaire pour le cerveau, au-delà de l’exercice seul : une étude de 2023 a rapporté que l’exercice à l’extérieur était associé à des marqueurs neuraux d’attention améliorés par rapport à l’exercice à l’intérieur — y compris une amplitude P300 augmentée après seulement 15 minutes (Boere et al., 2023), un signal neural lié à l’allocation des ressources attentionnelles.
Cela ne veut pas dire que chaque prise de conscience doit avoir lieu sous les arbres — mais cela aide à comprendre pourquoi certaines personnes remarquent un peu plus de clarté, de présence, ou de spontanéité après du temps passé dehors. La nature n’est pas magique ; elle soutient l’état cognitif et somatique à partir duquel de nouvelles connexions peuvent se former.
Utiliser la nature avec discernement, à côté de la thérapie du trauma
Passer du temps dehors n’est pas également accessible ni attirant pour tout le monde. La météo, la mobilité, la sécurité, la sensibilité sensorielle, et l’évitement lié au trauma des espaces ouverts ou isolés comptent. Si vous et votre thérapeute intégrez parfois des éléments extérieurs aux soins, cela doit être collaboratif, avec une discussion claire sur les limites, la confidentialité, et ce qu’il faut faire si la submersion ou la dissociation se manifestent. Pour certaines personnes — particulièrement quand la dissociation, la sidération sévère, ou les idées suicidaires sont centrales — la structure d’une séance à l’intérieur reste le contenant essentiel.
Même quand la thérapie reste à l’intérieur, le contact informel avec la nature — un parc, un jardin, un sentier tranquille, la lumière et l’air près d’une fenêtre — peut quand même soutenir le même système nerveux qui fait le travail sur le trauma. C’est une façon de mettre la biologie du côté de la guérison entre les séances et à côté des traitements fondés sur des preuves.
Cynthia Routhier, MA, RCC est conseillère clinique agréée chez Emergence Counselling & Wellness. Elle accompagne les personnes et les couples avec des approches axées sur l’attachement et informées par le trauma, dont l’EMDR et la thérapie centrée sur les émotions (EFT). Cynthia offre la thérapie en français et en anglais. En savoir plus sur Cynthia | Thérapie en français
Sources :
- Sudimac, S., Sale, V., & Kühn, S. (2022). How nature nurtures: Amygdala activity decreases as the result of a one-hour walk in nature. Molecular Psychiatry, 27(11), 4446–4452. doi : 10.1038/s41380-022-01720-6
- Boere, K., Lloyd, K., Binsted, G., et al. (2023). Exercising is good for the brain but exercising outside is potentially better. Scientific Reports, 13, 1140. https://doi.org/10.1038/s41598-022-26093-2
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